Ce qui confirme les informations selon lesquelles les multinationales de la cigarette mobilisent des sommes colossales pour des travaux de recherche visant à trouver le taux idéal de nicotine susceptible de maintenir une dépendance assurée des fumeurs. Jusqu'à présent le secret n'a pu être divulgué et on ne sait pas quelle substance chimique est ajoutée à la nicotine pour provoquer la dépendance. Sans oublier que les fabricants ont rendu leurs victimes dépendantes en augmentant la teneur en nicotine des cigarettes. Une dépendance entretenue criminellement dans les milieux les plus vulnérables, dans la population féminine et chez les enfants.
Selon l'OMS, une personne meurt du tabac toutes les dix secondes. Le tabac tue beaucoup plus que le sida. Il est quasiment certain, à l'heure actuelle, que certaines maladies spécifiques de l'appareil respiratoire et du système cardiovasculaire sont directement dépendantes du tabac. Plus encore, on attribue la quasi-totalité des cancers du poumon à la consommation de tabac alors que dans la plupart des autres cancers, le tabagisme est un facteur hautement aggravant. Preuve supplémentaire, dans des pays comme l'Angleterre où la lutte contre le tabagisme est particulièrement efficace, il s'est avéré que la mortalité causée par le cancer du poumon a commencé à reculer dès les années 70.
L'épidémiologiste britannique Richard Doll, l'homme qui a démontré le lien entre fumée et cancer du poumon avance des chiffres incroyables, 80% de la population des pays développés née après la Première Guerre mondiale franchirait allègrement le cap des 70 ans si la cigarette n'avait pas existé. De plus les spécialistes affirment que la fumée représente un péril mortel pour l'entourage.
Harlem Brundtland, le directeur général de l'OMS tirait quant à elle la sonnette d'alarme, le 27 mars 2000, devant les participants à la deuxième réunion du groupe de travail sur la convention-cadre pour la lutte antitabac " Le monde compte aujourd'hui 1 milliard 200 millions de fumeurs et, si les prévisions actuelles se confirment, il pourrait y en avoir 400 millions de plus en 2020. Notre but est d'inverser cette tendance et d'empêcher les générations futures d'être victimes du tabac".
C'est donc plus d'un milliard de personnes qui, chaque jour dans le monde, allument des cigarettes , plus de quinze milliards de cigarettes sont grillées quotidiennement . En 1998, les cigaretiers du monde entier ont vendu 5 216 milliards d'unités, dont un gros paquet est débarqué en Afrique. Le tabac n'a jamais été une industrie aussi prospère. En 1995, BAT (British American Tobacco) a vendu 651,7 milliards de cigarettes; Philip Morris en a écoulé 792,7 milliards et Japan Tobacco, 271 milliards. En 1998, Philip Morris s'est porté beaucoup mieux avec plus de 900 milliards , BAT, qui avait fusionné avec Rothmans, est passé allègrement à 904 milliards et Japan Tobacco, réuni avec la branche internationale de Reynolds, est monté à 487,1 milliards de cigarettes.
Contrôle
De ce pactole, le Maroc ne voit que la fumée. A travers les présides occupés, la cigarette est devenue le symbole de la modernité, le compagnon inséparable du capitalisme local servant tout autant à gonfler les comptes en banque des barons de la contrebande qu'à augmenter le taux des décès dus au tabac.
Car non seulement cette contrebande est le fait des cigarettiers eux mêmes, qui échappent ainsi à tout contrôle sur les quantités vendues mais de plus les cigarettes écoulées par le biais de la contrebande proviennent en général de lots périmés qui auraient dû en principe être détruits. Le Maroc, comme les pays africains, n'échappe certainement pas aux plans machiavéliques des industriels du tabac qui continuent à déverser ce poison mortel jusque dans les régions les plus enclavées. Fortement bousculées par les lobbies antitabac occidentaux, les multinationales du tabac se rabattent à présent sur les gosses et les femmes du tiers monde, cibles faciles et sans défense. La presse américaine qui a fait ses choux gras de la "puissance des anti-tabagistes omet curieusement de préciser que d'un autre côté, les cigarettiers ne sont pas restés les bras croisés . Ils payent ainsi à des centaines de cabinets d'avocats, des milliards de dollars pour combattre leurs adversaires sur le terrain de la justice . A leur service également une des plus importantes entreprises de lobbying chargée de décourager autant les victimes que les journalistes, les médecins ou les politiciens.
Le Tobacco Institute dépense ainsi plus de 20 millions de dollars par an et emploie 120 experts en relations publiques. En 1994, Philip Morris a poursuivi le réseau américain ABC en diffamation exigeant 10 milliards de dollars de dommages et intérêts après la diffusion d'un reportage sur la manipulation de la nicotine dans les cigarettes. Le réseau a été contraint de se plier aux exigences d'un règlement hors-cour. Fort de ce joli coup, la firme a lancé une campagne de publicité nationale présentant la rétraction de ABC comme une reconnaissance que l'information concernant la manipulation de la nicotine était fausse. Lorsqu'un ancien chercheur de B&W, Jeffrey Wigand, est devenu l'un des plus importants témoins contre l'industrie, la compagnie a engagé deux consultants en relations publiques pour montrer et remettre aux médias et politiciens un dossier de 500 pages, un amas de rumeurs pour ternir sa réputation. Ces "dealers légaux", qui ont pignon sur rue, injectent ainsi dans le circuit une substance qui, somme toute, fait plus de dégâts que le trafic de l'héroïne ou de la cocaïne. Avec la bénédiction tacite de l'Etat, voire la complicité des instances financières, ils produisent plus de morts que la route.
Pourtant, le mouvement antitabac déclenché il y a une dizaine d'années aux Etats-Unis – qui restent tout de même le premier producteur et premier consommateur mondial – ne semble pas émouvoir outre mesure les pouvoirs publics marocains et la société civile, mis à part quelques sorties épisodiques des uns et des autres. Paradoxalement, ce sont les grands procès de ces dernières années intentés contre les fabricants américains de tabac qui ont poussé les multinationales du tabac à chercher à écouler leur poison mortel sur les marchés du Tiers monde en corrompant notamment la jeunesse, attirant un public adolescent, voire de plus en plus jeune.